Vid’Auteurs #2 | Cendrine Wolf & Anne Plichota

Je vous ai déjà parlé récemment de la saga Oksa Pollock, dans cet article . J’ai grandi avec Oksa, j’avais 13 ans à la lecture du premier, et c’est cette saga qui m’a lancé dans la lecture à grande échelle, qui m’a fait connaitre la fantasy, bien avant Harry Potter. J’ai eu la chance de rencontrer les autrices à deux reprises lors des salons, toujours adorables. Tout récemment, à l’occasion de la sortie du 7ème tome qui poursuit les aventures de la plus si jeune Oksa, j’ai pu interviewer les deux autrices, Anne Plichota et Cendrine Wolf. Vous verrez bientôt sur ce blog la chronique de ce tout dernier tome, que j’ai à la fois hâte de lire pour retrouver ces personnages qui m’ont fait grandir, mais à la fois pas du tout, parce qu’ensuite, ce sera vraiment terminé… Pour lire le résumé du premier tome, n’hésitez pas à faire un tour sur l’article cité plus haut et pour vous procurer le tout dernier, cliquez sur la photo tout en bas !


Les créatures sont clairement inédites dans Oksa, comment avez-vous pensé aux Foldingots ou à l’Insuffisant (qui m’a donné de superbes fous rires), dans leurs formes, leurs physiques et leurs caractères ?

Ce fut une création très spontanée, qui correspond à chacune de nous : l’Insuffisant est inspiré de Cendrine, qui a toujours la tête ailleurs et qui réagit parfois avec un petit décalage car ses pensées ont pris un autre chemin… Quant aux Foldingots, ils me ressemblent (Anne), j’adore les mots, jouer avec le vocabulaire, les tournures de phrases. Une anecdote : lorsque ma fille a commencé à aller seule au collège, elle avait l’obligation de m’envoyer un sms pour me dire qu’elle était bien arrivée, et je lui répondais par une exclamation différente chaque jour : formidable ! fantastique ! magnifique ! merveilleux ! etc. C’était un rituel entre nous. En revanche, le physique de ces créatures leur appartient intégralement, elles ne nous ressemblent pas sur ce point (enfin, j’espère !). Plus globalement, les créatures qui foisonnent dans Oksa nous ont permis d’exprimer une certaine folie, un sens du délire et de l’hystérie, et une forme particulière d’humour.

Vous aimez particulièrement les dragons ? Dragomira, Pavel qui se transforme…

Nous allons peut-être vous surprendre, mais nous ne sommes pas fans de dragons ! Disons qu’ils représentent un des ingrédients de la littérature fantastique que nous avons adapté à notre façon, comme la baguette magique qui est devenue la CracheGranoks, ou les Foldingots qui incarnent les elfes.

Vous avez été inspirées par Harry Potter mais au niveau francophone, c’était vraiment précurseur, j’oserais dire, qu’est-ce qui vous a pris à l’époque pour vous lancer dans cette merveilleuse aventure ?

C’est surtout J.K. Rowling et son exemplaire ténacité qui nous ont motivées ! Son œuvre a bouleversé le monde de l’édition jeunesse et a ouvert la porte à de nombreux auteurs, dont nous faisons partie. L’envie d’écrire a toujours été très vive de mon côté (Anne). Depuis toute petite, c’est un mode d’expression qui me plaît et me convient, je suis fascinée par le pouvoir des mots, des livres, des histoires. Mais l’envie ne suffit pas, il faut aussi une certaine dose de courage. Cendrine a su me convaincre de passer « de l’autre côté » et de concrétiser cette passion. L’idée d’une grande saga, avec une multitude de personnages gravitant autour d’une héroïne, puissante mais très humaine, avec ses qualités et ses défauts, ne pouvait que nous réjouir et nous exalter !

Pourquoi avoir fait évoluer Oksa et Gus d’un coup, dans la bulle ?

Excellente question ! C’est une métaphore représentant les soubresauts de l’adolescence, les accélérations subites de la croissance que l’on peut constater, par exemple, à chaque rentrée de septembre en ayant l’impression que tout le monde a considérablement grandi et radicalement changé pendant les vacances d’été.

L’aspect familial est rarement évoqué, la majorité des enfants en fantasy sont orphelins, là, la famille est très importante, pourquoi cette différence (très positive) ? Ça permet en plus pour plein de gens de s’identifier, pas seulement les jeunes !

Très bonne remarque ! Effectivement, les héros fantasy sont très souvent des solitaires, ce que nous ne voulions pas, pour différentes raisons. Tout d’abord, nous désirions une héroïne proche de la plupart d’entre nous et être orphelin(e) reste une tragédie exceptionnelle, concernant une minorité de personnes. Ensuite, nous sommes persuadées que nous n’agissons pas de la même façon lorsque nous sommes entouré(e)s de personnes qu’on aime et qui nous aiment. Cela modifie notre façon d’être, de faire, d’agir. Du point de vue romanesque, cela ouvre de multiples possibilités ! Et puis nous voulions intégrer différentes générations dans cette histoire : enfants, parents et grands-parents, afin de pouvoir traiter l’histoire avec d’autres regards.

Pourquoi sortir un nouveau livre, le dernier tome pouvait clôturer ? (Pas que je m’en plaigne, au contraire, mais c’est aussi assez rare !) Oksa vous manquait ?

Oui, Oksa et les Sauve-Qui-Peut nous manquaient terriblement ! Nous avions envie d’avoir de leurs nouvelles, comme cela peut arriver de personnes qu’on aime, qui ont beaucoup compté dans notre vie et qu’on a perdues de vue. Pendant l’écriture du tome 6, une sensation de vide a commencé à naître. Le manque s’annonçait rude ! Nous avons donc enchaîné sur la trilogie Tugdual, dans laquelle certains Sauve-Qui-Peut sont présents, Oksa y fait une apparition en « guest-star ». C’était une façon de faire perdurer l’existence de personnages que nous aimons profondément. Avec « L’espoir des lendemains », nous avions l’opportunité de retrouver celles et ceux que nous avions laissés et de leur demander : « Alors ? Comment allez-vous ? Qu’avez-vous fait pendant ces cinq années ? »

Comment avez-vous eu l’idée de faire cette saga, et tous les autres livres depuis, ensemble, à deux mains ? Ça m’a toujours fascinée que ce soit aussi fluide à la lecture, mais je trouve ça génial que ce soit toujours le cas après toutes ces années ! Est-ce que vous avez envie d’écrire en solo également ?

Nous avons une méthode secrète, une façon de faire qui correspond aux points forts de l’une et de l’autre. Cette saga et les autres histoires existent parce que nous sommes deux à les concevoir, en laissant de côté nos egos respectifs. L’envie d’écrire en solo ? La phase d’écriture reste un travail solitaire et permet de s’épanouir de façon personnelle. Et puis, de nouveaux projets en duo laissent peu de place pour une aventure solo… pour le moment…

D’ailleurs, je croyais me souvenir qu’il y avait un tome par an, mais pas du tout, c’était deux, comment c’est possible une telle rapidité ? Vous aviez déjà tout écrit avant ?

Lorsque nous avons signé notre premier contrat avec XO Editions, nous avions déjà écrit les trois premiers volumes d’Oksa Pollock, ce qui nous donnait une belle avance pour la suite. Et puis surtout, écrire est devenu notre activité à plein temps, nous pouvons nous y consacrer intégralement, c’est un luxe incroyable dont nous profitons pleinement !

Les lecteurs vous ont découvert dans un autre registre que le fantastique avec les Cœurs aimants et les 5/5, les retours ont-ils été aussi bons ?

Bien qu’elles fassent appel à la même sensibilité et au même goût pour la profondeur des personnages, ce sont des histoires très différentes qui ont touché d’autres publics, d’une autre façon. Nous sommes heureuses d’avoir eu la possibilité de les écrire car les retours sont plus personnels, plus intimes. Ces deux histoires ont véritablement aidé certaines personnes à s’accepter, à se sentir moins seules, à comprendre qui elles étaient. C’est une grande fierté pour un auteur que d’arriver à faire du bien à ses lecteurs !

Il faut que je me procure les BD, mais pour le moment, seules deux sont sorties, les autres sont bien prévues ? Comment transposer un livre avec tant de détails en une BD ?

L’adaptation a connu quelques déconvenues, la dessinatrice n’exerce plus et il est fort peu probable que d’autres volumes paraissent. C’est dommage car le résultat était tout à fait intéressant, malgré la complexité d’un tel projet. À nos yeux, cela reste une mission impossible, nous ne savons pas faire court ! Mais Corbeyran, le scénariste, est très doué pour extraire l’essentiel et le mettre en valeur.

Il y avait déjà une dimension écologique dans les six premiers tomes, avec le monde qui changeait à cause des Du-dehors, mais j’ai l’impression que c’est encore exacerbé dans cet ultime tome, vous transposez cela à notre monde j’imagine ?

Absolument ! En dix ans, la dégradation du monde est beaucoup plus perceptible, personne ne peut plus dire qu’il ignore les effets de la pollution de l’air, des sols et des mers, de la fonte des glaces, du dérèglement climatique, de la surconsommation. Nous sommes très inquiètes pour notre terre car rien n’est réellement fait pour endiguer ce glissement, cet effondrement. S’adapter et modifier son mode de vie personnel est utile et même primordial, mais des mesures doivent être prises à grande échelle pour pouvoir affronter et limiter efficacement l’effet des dégâts commis depuis des décennies. Or, aucun gouvernement ne semble en avoir le courage… Et cela nous désespère et nous révolte.

Vous me faites déjà paniquer avec la dernière phrase du résumé, on doit s’attendre à pleurer une dernière fois ?

Comment dire… En effet, il y a de grands risques que les larmes connaissent le débordement… (comme diraient les Foldingots).

J’ai toujours essayé d’imaginer la couleur du portail qui entoure Edéfia, comment est venue cette idée d’une couleur qui n’existe pas ?

 C’est un peu comme imaginer l’infini, l’univers sans début ni fin, le vide… Impossible de se le représenter, c’est fascinant !

Comment qualifiez-vous Oksa dans ce nouveau tome, on l’a connue avec un caractère impulsif et flamboyant, elle a changé ?

Les thèmes du changement et de l’identité sont présents en filigrane tout au long du récit. Notre personnalité évolue au fil des années, passer de l’adolescence à l’âge adulte est un des plus grands bouleversements de la vie. Oksa n’échappe pas à cela : elle doit assumer des responsabilités, prendre des décisions, faire des choix. Elle est certes plus réfléchie, plus posée, mais dans le fond, elle garde son tempérament de « ninja ». On ne devient pas adulte en un claquement de doigts… Les autres personnages, notamment Gus et Tugdual, restent tels qu’ils ont toujours été, eux aussi, avec néanmoins des évolutions. Comme chacun d’entre nous, le caractère et la personnalité se modulent et se modèlent en fonction de ce que l’on vit, des joies et des peines, des nécessités de la vie. Mais il y aura toujours des pans de nous-mêmes qui ne changeront jamais vraiment.

À l’époque, on avait entendu parler d’un film, récemment j’ai vu que ce serait adapté en série, avez-vous quelques infos en plus à me donner ?

Effectivement, les droits d’adaptation cinématographique avaient été acquis au début de l’aventure, mais ont été abandonnés. Nous ne pouvons rien dire avec précision pour le moment, mais une série tv, prochainement… Affaire à suivre…

La communauté de fans est-elle d’ailleurs toujours autant à vos côtés qu’au début ?

Les premiers fans, les « pionniers », sont restés très attachés à Oksa et aux Sauve-Qui-Peut. Ils ont aujourd’hui l’âge d’Oksa, et entretiennent une certaine nostalgie de cette série qui les a accompagnés tout au long de leurs années collège. Pour certains, ce fut leur premier gros livre, ils en sont très fiers et c’est très émouvant pour nous. Des liens, parfois très forts, se sont créés entre certains lecteurs, beaucoup d’entre eux sont devenus amis, des couples se sont même formés grâce au livre (un bébé est né ! quel bonheur !). Les adultes sont très fidèles, également, c’est inattendu, nous ne pensions pas pouvoir toucher un lectorat aussi varié. Et puis, une nouvelle génération de Pollockmaniaks est en train de se constituer, des lecteurs plus jeunes, beaucoup ont entre 9 et 12 ans, découvrent la lecture de longues séries avec notre petite Oksa.

Est-ce que j’aurais l’honneur de vous revoir à Montreuil cette année ?

Oui, avec grand plaisir ! À très bientôt… (ndlr : le Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil se déroulera du 27 novembre au 2 décembre, les autrices y seront en dédicace).

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